FAQ

Qu’est-ce que le désinvestissement?

Lorsque vous investissez votre argent, vous pouvez acheter des actions, des obligations ou d’autres placements qui génèrent des revenus pour vous. Le désinvestissement est donc l’action de réduire ou de supprimer nos investissements dans certains secteurs d’activité en vendant des actifs matériels ou immatériels.

L’Université Laval dit que ses investissements suivent les principes de l’investissement responsable. N’est-ce pas suffisant?

Éric Bauce, Vice-recteur exécutif et au développement de l’Université Laval, a dit récemment lors d’une conférence que l’Université Laval suit les Principes de l’investissement responsable définis par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ces principes invitent les investisseurs institutionnels à intégrer les questions environnementales, sociales et de gouvernance à leur processus décisionnel en matière d’investissement et à leurs pratiques d’actionnariat. Il ne fait aucun doute que l’Université Laval a bien fait d’adhérer à ces principes, mais ce n’est pas suffisant. En effet, une institution qui adhère à ces principes peut tout de même investir la totalité de son portefeuille de placements dans des entreprises du secteur des énergies fossiles, tant que ces entreprises sont les « meilleures » du secteur parce qu’elles disent intégrer à leurs activités et à leur stratégie un éventail de principes universels relatifs aux droits humains, au droit du travail, à l’environnement et à la lutte contre la corruption. Ainsi, selon ces principes, acheter des actions de Shell constitue un investissement responsable parce que l’entreprise affirme haut et fort, à grand renfort de publicité, son désir de développer des énergies moins polluantes que le pétrole, ce qui en fait une « bonne » entreprise du secteur. Dans les faits, Shell fait du lobbying pour aller forer en Arctique pendant qu’au Nigeria, elle est accusée par la tribu Ogoni de polluer son environnement par le brûlage à la torche du pétrole et par des déversements, causant chez plusieurs membres de la tribu de graves problèmes de santé. Investir de façon responsable est donc uniquement un moyen pour l’Université Laval d’avoir bonne conscience et de faire bonne figure, mais dans les faits, elle encourage des entreprises aux pratiques immorales.

Combien d’argent est-ce que l’Université Laval investit dans les énergies fossiles?

Le véritable montant est difficile à calculer puisque l’Université Laval n’est pas obligée de divulguer le montant de ses investissements. L’Université Laval et sa Fondation ont mis en commun leur portefeuille de placements par la création d’une fiducie globale qui se nomme la Fiducie globale de placement Université Laval – Fondation de l’Université Laval. Un comité de placement conjoint supervise les opérations reliées aux placements et la mise en application de la politique de placement de cette fiducie. Le comité a recours aux services de gestionnaires professionnels externes spécialisés dans des secteurs de placement. Ces gestionnaires externes n’ont pas l’obligation de divulguer de l’information sur les montants qu’ils contrôlent. Il est toutefois possible d’estimer ce montant. En effet, la plupart des portefeuilles de placement contiennent entre 5 et 10% d’actifs dans le secteur des énergies fossiles. M. Éric Bauce, Vice-recteur exécutif et au développement de l’Université Laval, a dit récemment lors d’une conférence que l’Université Laval détient 178 millions$ dans sa Fiducie globale. Ainsi, selon nos estimations, la Fiducie globale investit entre 8,9 et 17,8 millions$ dans les énergies fossiles.

De plus, les quatre régimes de retraite de l’Université Laval investissent également dans ce secteur. Selon des documents publics, le Régime complémentaire de retraite de l’Université Laval (RCRUL) détient environ 2,4 millions$ d’actions dans le secteur des énergies fossiles, le Régime de retraite des employés et employées de l’Université Laval (RREEUL) en détient environ 12,6 millions$, le Régime de retraite du personnel professionnel de l’Université Laval (RRPePUL) en détient environ 13,1 millions$ et le Régime de retraite des professeurs et professeures de l’Université Laval (RRPPUL) en détient environ 38,8 millions$. Ces montants incluent uniquement les actions dans les entreprises d’énergies fossiles et non les autres produits financiers qu’ils détiennent très probablement, comme les obligations. L’Université Laval, en tant qu’employeur, investit dans les placements de ces régimes de retraite par des cotisations patronales correspondant au moins au même montant que les cotisations salariales des employés et employées.

Au total, il est donc estimé que l’Université Laval, sa Fondation et ses quatre régimes de retraite détiennent plus de 80 millions$ d’actifs fossiles, mais il est très probable que ce montant soit beaucoup plus important en réalité.

L’Université Laval, sa Fondation et ses régimes de retraite vont-ils perdre de l’argent s’ils désinvestissent?

Souvent, on s’inquiète que le désinvestissement dans les combustibles fossiles nuise au rendement des placements d’un établissement. Mais cela n’est pas nécessairement vrai. En fait, plusieurs études récentes ont examiné les effets du désinvestissement sur les fonds de placement et ont conclu que si le marché fonctionne raisonnablement bien, nous pouvons nous attendre à ce que les placements dans les combustibles non fossiles offrent des rendements semblables à ceux des combustibles fossiles. Une étude de S&P Capital IQ a déterminé que le désinvestissement dans les combustibles fossiles dix ans plus tôt aurait de fait augmenté le rendement des placements. De la même manière, le groupe de recherche Corporate Knights a aussi mesuré que si la Caisse de dépôt et de placement du Québec s’était dessaisi de ses 8,4 milliards$ d’actifs fossiles en 2012, elle aurait obtenu depuis un rendement additionnel de 7,1 milliards$ sur les marchés boursiers. De plus, selon une analyse d’Aperio Group, le désinvestissement n’augmente que très légèrement le risque pour un portefeuille, avec une retombée infime de 0,0034 pour cent sur le rendement, concluant que les conséquences du désinvestissement pourraient être bien moins graves que l’on ne le suppose.

La science nous dit que 80% des réserves de combustibles fossiles devront être laissées sous terre. Ainsi, si la majeure partie des réserves connues de combustibles fossiles ne peut pas être consommée si nous voulons éviter des conséquences désastreuses pour la planète, ces réserves n’ont plus aucune valeur pour leurs propriétaires. Lorsque les investisseurs réaliseront qu’une grande partie de ces réserves ne peut pas être consommée parce que les gouvernements mettent en place des mesures pour atteindre l’objectif de 2 degrés tel que stipulé dans l’Accord de Paris, ils pourraient paniquer et retirer leurs capitaux. Si ce scénario très probable se réalise, les entreprises du secteur pourraient perdre entre 40 et 60% de leur valeur, les cours des actions plongeront et la bulle du carbone éclatera.

C’est principalement pour cette raison que plusieurs analystes considèrent maintenant que les énergies fossiles sont devenues des facteurs de risque dans les équations financières. Dans un rapport publié en avril 2015, la Banque HSBC invite ses clients à désinvestir des énergies fossiles, citant les aléas du marché, l’innovation énergétique et la réglementation actuelle et future comme facteurs rendant ce secteur moins attrayant pour l’investissement. Ce rapport prévient les investisseurs et les gestionnaires de portefeuilles du danger de se retrouver avec des actifs échoués. La Deutsche Bank, la Bank of England, la Banque mondiale et bien d’autres ont aussi parlé des énergies fossiles en termes de risques financiers pour l’investisseur, puisque les cours des actions des entreprises du secteur sont surévalués par l’illusion que toutes leurs réserves seront brûlées et qu’elles engendreront des profits.

L’Université Laval, sa Fondation et ses régimes de retraite seront donc victimes de cet inévitable éclatement de la bulle du carbone et perdront plus d’argent s’ils ne désinvestissent pas des énergies fossiles.

Je suis d’accord que les changements climatiques sont inquiétants, mais pourquoi cibler les compagnies du secteur des énergies fossiles en particulier?

Les compagnies du secteur des combustibles fossiles sont des institutions sans morale. Elles ont exploité leurs travailleurs et leurs travailleuses, violé les droits issus de traités avec les peuples autochtones et empoisonné les communautés locales sans trop de risques de représailles de la part de ces populations marginalisées. Sur le plan international, ces sociétés ont eu recours à la torture et au meurtre comme moyen de protéger leurs réserves. Dans certains cas, elles ont même été accusées d’orchestrer l’exécution de militants et de militantes qui s’y opposent. Il a aussi été révélé récemment qu’elles dépensent des millions de dollars en recherche pour confondre le public sur la science des changements climatiques et qu’elles financent grassement le lobby climatosceptique. De plus, ces entreprises savent depuis les années 80 que le pétrole contribue au réchauffement climatique, sur la base de données scientifiques et de leurs propres études. Les pratiques commerciales de ces entreprises sont directement liées à l’accélération du réchauffement climatique. Il est temps d’arrêter de financer leurs pratiques immorales.

Est-ce que le désinvestissement de l’Université Laval aura un véritable impact sur ces entreprises?

Les entreprises du secteur des combustibles fossiles telles qu’ExxonMobil, Shell et Enbridge possèdent des milliards de dollars. Il est vrai que le montant estimé de 80 millions$ qu’investit l’Université Laval dans ce secteur semble bien petit. Par contre, à l’échelle planétaire, les collèges et les universités détiennent environ 400 milliards$ en investissements. Il est indéniable que le désinvestissement de tous ces fonds des industries du charbon, du gaz naturel et du pétrole aura un grand impact. Ajoutez à cela les fonds des régimes de retraite publics ainsi que les placements des églises, des synagogues et des mosquées, et nous sommes sur la bonne voie d’avoir un véritable impact sur ces entreprises. En effet, le mouvement de désinvestissement planétaire regroupe maintenant 684 institutions et gouvernements locaux ainsi que plus de 60 000 personnes. Au total, c’est plus de 5 000 milliards$ qui ont été désinvestis des énergies fossiles à ce jour. Le désinvestissement est un moyen de secouer les marchés financiers et de montrer aux grandes entreprises financières de Wall Street et de Bay Street que les combustibles fossiles sont des placements risqués. Plus nous dévoilons l’irresponsabilité de ces entreprises et l’irresponsabilité d’investir dans ces entreprises, plus l’impact sera grand.

Il est aussi essentiel de se rappeler que le désinvestissement n’est pas seulement une tactique économique; c’est une prise de position politique. Les universités, en tant que centre d’éducation et de recherche, sont aussi les balises morales, éthiques, scientifiques et culturelles de nos sociétés. Les universités sont un lieu privilégié pour la création d’un avenir meilleur. Lorsque les universités investissent dans des entreprises du secteur des combustibles fossiles, elles les légitiment énormément. Le désinvestissement révoque cette légitimité. Nous ne pouvons peut-être pas révoquer leur licence légale pour opérer par le désinvestissement, mais nous pouvons encourager une perception dans la conscience collective et le discours public que les compagnies du secteur des combustibles fossiles ont un modèle d’affaires illégitime. C’est précisément ce qui s’est déjà produit avec les compagnies de tabac et lors de l’apartheid en Afrique du Sud.

L’Université Laval ne pourrait-elle pas plutôt être un actionnaire activiste et changer les façons de faire de ces entreprises de l’intérieur?

L’activisme des actionnaires est une bonne stratégie pour obtenir des changements relativement mineurs dans une entreprise. Si notre objectif était de changer les détails sur la façon dont ces entreprises extraient des combustibles fossiles, l’activisme des actionnaires pourrait être une bonne stratégie. Cependant, c’est l’essence même du plan d’affaires des entreprises de ce secteur qui est le problème. Des groupes ont déposé des résolutions d’actionnaires dans ces entreprises depuis 20 ans sans remporter d’importante victoire. Le temps nous manque pour tenter de gagner de petites victoires au sein de ces entreprises. Considérant les pratiques passées et actuelles de ces entreprises, nous n’avons d’autre choix que de leur couper les vivres. Nous vivons dans un monde de grands changements. De grandes mesures s’imposent.

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