Notre campagne

Nous vivons dans un monde de grands changements. Chaque semaine, une nouvelle tempête, une autre sécheresse, des inondations meurtrières, des feux de forêt dévastateurs, des îles érodées. Les pires scénarios catastrophes prédits par la science se concrétisent et ressemblent de plus en plus à des garanties. Les climatologues de la Nasa, de l’Agence américaine océanique atmosphérique et de l’Organisation météorologique mondiale dressent un portrait sombre de la situation : l’année 2016 sera la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne planétaire supérieure de 1,2 degré Celsius à la température lors des premiers relevés préindustriels. Cette hausse du thermomètre pendant les dix premiers mois de 2016 est déjà dangereusement proche de l’objectif bas de l’Accord de Paris sur le climat, qui vise à maintenir l’augmentation de la température globale sous les 2 degrés Celsius de réchauffement et idéalement sous les 1,5 degrés Celsius de réchauffement, si nous ne voulons pas voir notre monde basculer irréversiblement dans le chaos.

Une étude récente du Global Carbon Projet montre que les émissions de gaz à effet de serre se sont stabilisées depuis trois ans, mais que ce progrès est insuffisant pour contenir le réchauffement climatique au niveau fixé par l’Accord de Paris. Les scientifiques s’accordent pour dire que le monde a déjà utilisé les deux tiers de la somme des émissions de gaz à effet de serre qui peuvent être émis pour atteindre l’objectif convenu par la communauté internationale. Les émissions annuelles ne pourront pas dépasser 42 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2030 si nous voulons limiter le réchauffement à 2 degrés. Cependant, les cibles de réduction contenues dans l’Accord de Paris ne sont pas suffisantes et exposent la planète à un réchauffement entre 2,9 et 3,4 degrés Celsius. De plus, un rapport de Oil Change International publié récemment montre que les infrastructures existantes dans le secteur des énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz naturel mèneront au dépassement du seuil sécuritaire d’émissions de gaz à effet de serre. Nos chances de limiter les altérations chimiques, physiques et biologiques permanentes à notre planète et de sauver de nombreuses espèces, incluant l’espèce humaine, de l’extinction, sont de plus en plus minces.

Un consensus existe au sein de la communauté scientifique selon lequel 80% des ressources de combustibles fossiles devra rester enfouie sous terre. En effet, un rapport de la Carbon Tracker Initiative et de la London School of Economics montre que la quantité de CO2 contenue dans les réserves de pétrole, de gaz et de charbon que les états et les grandes entreprises se sont appropriées et dont l’exploitation est prévue est trois fois plus grande que la quantité maximale que notre atmosphère peut supporter. Globalement, cela veut dire que si toutes les réserves connues d’énergies fossiles sont exploitées tel que prévu, l’objectif de 2 degrés sera largement dépassé. Cela ne prend en compte que les réserves déjà connues et documentées et non les réserves que les entreprises souhaitent découvrir à grands coups d’investissement dans des campagnes d’exploration de grande envergure. Ainsi, si la majeure partie des réserves connues de combustibles fossiles ne peut pas être consommée si nous voulons éviter des conséquences désastreuses pour la planète, ces réserves n’ont plus aucune valeur pour leurs propriétaires. Lorsque les investisseurs réaliseront qu’une grande partie de ces réserves ne peut pas être consommée parce que les gouvernements mettent en place des mesures pour atteindre l’objectif de 2 degrés, ils pourraient paniquer et retirer leurs capitaux. Si ce scénario très probable se réalise, les entreprises du secteur pourraient perdre entre 40 et 60% de leur valeur, les cours des actions plongeront et la bulle du carbone éclatera.

C’est principalement pour cette raison que plusieurs analystes considèrent maintenant que les énergies fossiles sont devenues des facteurs de risque dans les équations financières. Dans un rapport publié en avril 2015, la Banque HSBC invite ses clients à désinvestir des énergies fossiles, citant les aléas du marché, l’innovation énergétique et la réglementation actuelle et future comme facteurs rendant ce secteur moins attrayant pour l’investissement. Ce rapport prévient les investisseurs et les gestionnaires de portefeuilles du danger de se retrouver avec des actifs échoués. La Deutsche Bank, la Bank of England, la Banque mondiale et bien d’autres ont aussi parlé des énergies fossiles en termes de risques financiers pour l’investisseur, puisque les cours des actions des entreprises du secteur sont surévalués par l’illusion que toutes leurs réserves seront brûlées et qu’elles engendreront des profits. Les investisseurs qui détiennent des actions dans les sociétés du secteur des combustibles fossiles mettent donc leurs investissements à risque en plus d’investir dans des entreprises qui alimentent la plus grande crise que l’Humanité ait connue.

Un mouvement global de désinvestissement des énergies fossiles a pris naissance en 2012, mouvement qui regroupe maintenant 684 institutions et gouvernements locaux ainsi que plus de 60 000 personnes à l’échelle planétaire qui ont choisi de sortir partiellement ou complètement leurs placements des énergies fossiles. Ces institutions et individus incluent des institutions religieuses, des fondations, des organisations gouvernementales, des collèges, des universités, des fonds de pension, des organisations sans but lucratif, des entreprises et des institutions de santé. Au total, c’est plus de 5 000 milliards$ qui ont été désinvestis des énergies fossiles à ce jour.

Selon certaines estimations, la Fiducie globale de placement Université Laval – Fondation de l’Université Laval investit environ 5 à 10% de ses actifs totaux de 178 millions$ dans les énergies fossiles. De plus, les quatre régimes de retraite de l’Université Laval investissent également dans ce secteur. Selon des documents publics, le Régime complémentaire de retraite de l’Université Laval (RCRUL) détient environ 2,4 millions$ d’actions dans le secteur des énergies fossiles, le Régime de retraite des employés et employées de l’Université Laval (RREEUL) en détient environ 12,6 millions$, le Régime de retraite du personnel professionnel de l’Université Laval (RRPePUL) en détient environ 13,1 millions$ et le Régime de retraite des professeurs et professeures de l’Université Laval (RRPPUL) en détient environ 38,8 millions$. Ces montants incluent uniquement les actions dans les entreprises d’énergies fossiles et non les autres produits financiers qu’ils détiennent très probablement, comme les obligations. L’Université Laval, en tant qu’employeur, investit dans les placements de ces régimes de retraite par des cotisations patronales correspondant au moins au même montant que les cotisations salariales des employés et employées.

Au total, il est estimé que l’Université Laval, sa Fondation et ses quatre régimes de retraite détiennent plus de 80 millions$ d’actifs fossiles, mais il est très probable que ce montant soit beaucoup plus important en réalité. Ce sont donc des millions$ qui sont investis par la communauté de l’Université Laval dans l’accélération des changements climatiques, l’élévation du niveau de la mer, la multiplication des événements climatiques extrêmes, la disparition d’espèces animales et végétales, l’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, l’augmentation des abus envers les droits des peuples autochtones, le déclenchement de conflits armés liés à la disparition de ressources et la prolifération de maladies, d’infections et d’épidémies.

Nous demandons à l’Université Laval, aux gestionnaires de sa Fondation et aux gestionnaires de ses quatre régimes de retraite de désinvestir des énergies fossiles, c’est-à-dire de ne plus investir dans ce secteur d’activités à partir de maintenant, puis de réduire progressivement pendant les cinq prochaines années pour finalement se dessaisir totalement de leurs investissements en vendant leurs actifs. L’objectif derrière cette campagne de désinvestissement va plus loin que la simple pression économique directe sur les entreprises œuvrant dans le secteur des combustibles fossiles : le désinvestissement est une prise de position politique. L’idée d’influencer l’opinion publique et les décisions politiques en se dessaisissant de ses avoirs dans des entreprises n’est pas nouvelle, cette stratégie étant d’ailleurs largement considérée comme un des mécanismes ayant mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud. De plus, certaines universités canadiennes ont fait le choix de ne plus investir dans les entreprises productrices de tabac ou d’armement grâce à des pressions exercées par leurs étudiants et étudiantes.

L’Université Laval considère qu’il est de sa responsabilité d’être un modèle afin d’inspirer la société tout entière à viser le mieux-être collectif. En investissant dans l’industrie des énergies fossiles, l’Université Laval va à l’encontre de sa mission d’éducation, de recherche et d’inspiration en mettant sa survie à long terme, sa résilience et son intégrité à risque pour de petits gains à court terme de plus en plus incertains. Alors que l’Université Laval et sa Fondation investissent dans le futur de ses étudiants et étudiantes, elles investissent simultanément dans des entreprises qui menacent ce futur et le futur de la planète toute entière. De la même manière, les gestionnaires des quatre régimes de retraite de l’Université Laval doivent tenir compte de l’équité intergénérationnelle. Alors que les fonds de ces régimes doivent générer une valeur de rendement courante maximale pour les retraités actuels, ils doivent également représenter l’intérêt des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses pour leur retraite éventuelle. Pour y arriver, les gestionnaires de ces fonds doivent se prémunir contre le risque d’éclatement d’une bulle carbone et ne plus miser sur l’échec de l’Accord de Paris. Histoire de maintenir une cohérence intellectuelle, d’être à la hauteur des valeurs qu’elle promeut et de sécuriser ses finances, la communauté de l’Université Laval doit désinvestir. L’Université Laval a l’opportunité de renforcer son image de leader en développement durable en devenant la première université québécoise qui choisit de désinvestir ses actifs des énergies fossiles. Nous espérons qu’elle saisira cette opportunité de créer un précédent qui pourrait bien inspirer d’autres universités et la société toute entière à sauver l’Humanité.

Nous vivons dans un monde de grands changements. De grandes mesures s’imposent.

Signez notre pétition!

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